La reddition de Vercingétorix vue par Dion Cassius

Publié le par Frédéric Coulon

Vaut mieux rire de cette version d'Uderzo et Goscinny, que de pleurer sur la version de Dion Cassius, historiquement incohérente.
Vaut mieux rire de cette version d'Uderzo et Goscinny, que de pleurer sur la version de Dion Cassius, historiquement incohérente.

Dion Cassius est un personnage considérable qui exerça les plus hautes charges tout en composant une oeuvre historique parmi les plus érudites qui nous soient parvenues de l'Antiquité. Ce personnage est tout de suite moins considérable lorsqu'il relate la reddition de Vercingétorix, en 52 avant J.-C. Dion Cassius propose en effet une version peu crédible.

Extrait :

Vercingétorix aurait pu s'échapper, car il n'avait pas été capturé et restait sans blessure, mais espérant (car il avait été autrefois en amitié avec César) pouvoir obtenir son pardon, il alla le trouver sans s'être fait annoncer : il apparut brusquement devant César qui siégeait sur une tribune, jetant le trouble chez certains des assistants. En effet, il était, autre autre, très haut de taille et avait l'air terrible sous les armes. Lorsque le calme fut revenu, il ne dit pas un mot, mais tomba à genoux et, les mains jointes, il supplia. Voilà qui frappa de pitié tous les assistants, qui se souvenaient de sa fortune ancienne et le voyaient aujourd'hui en une condition aussi émouvante. Mais César fit le contraire : il lui reprocha précisément ce sur quoi il comptait le plus pour son salut, et, en opposant sa rébellion à son amitié, il fit paraître sa trahison plus insupportable encore. Donc, à cet instant même, il ne le prit nullement en pitié, le faisant aussitôt mettre aux fers. Quant à la suite : après l'avoir produit à son triomphe, il le fit mettre à mort.

Dion Cassius, Histoire Romaine, 40,41

Une série d'incohérences chez Dion Cassius

Ce texte comporte une série d'incohérences. Vercingétorix n'aurait pas été capturé mais ce serait plutôt rendu ? Incohérent. Imaginons un instant Vercingétorix, coupable aux yeux des légionnaires romains de leur mener la vie dure, de les mettre en échec pendant plusieurs mois, réussir à sortir d'un oppidum d'Alésia assiégé, ceinturé de légionnaires romains, sans qu'aucun d'entre ces derniers ne se jettent sur lui... Insensé.

Atteindre César sans être intercepté

Dion Cassius parle plutôt d'un chef gaulois qui fondit sur César en un éclair ? Mais les fameux "assistants" de César, César lui-même, et les légionnaires romains qui assiégeaient Alésia, n'étaient pas aveugles non plus ! Il est impossible de sortir en vitesse d'Alésia sans être vu ni intercepté, puis d'atteindre sans encombre le camp romain adverse en son coeur (Jules César).

Point de pitié pour les vaincus

Dion Cassius présente Vercingétorix comme l'ancien ami de César, qui viendrait chercher la reconnaissance de cette amitié, et par là même le pardon. Mais un vaincu, selon les codes de la guerre romains, est un trophée : un individu voué à la mort quoi qu'il en soit. Vercingétorix le savait pertinemment que s'il se rendait, il serait tôt ou tard exécuté. Il ne s'est jamais rendu au contraire.

Vercingétorix mis à mort ?

Dion Cassius, enfin, reste très vague dans son utilisation de l'expression "il le fit mettre à mort". Il ne précise pas que Vercingétorix a été incarcéré 6 ans au Tullianum, prisons de Rome. Avant d'être "mis à mort" en effet, mais dans le plus grand secret, et non de manière publique. Vercingétorix aurait été étranglé dans sa cellule du Tullianum. Une version de sa mort, qui est parfaitement en phase avec une réalité historique : ce héros des Gaulois, ce héros de guerre devait disparaître sans qu'il ne laisse de trace, car la Gaule menait toujours une guérilla aux troupes romaines, en 46, année de l'exécution de Vercingétorix.

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