Le Trône des Gaules, chapitre 5

Publié le par Frédéric Coulon

Chapitre 5 :

Mars 59 avant J.-C.,

à Vesontio (Besançon),

principal oppidum des Séquanes (nord-est de la Gaule)

Arioviste

Arioviste avait l'âme d'un guerrier, aimait-il dire. Mais il avait surtout l'allure d'un colosse ivrogne. Le vin rouge dégoulinait sur sa barbe après chaque lampée. Son nez ressemblait à une poire pourrie. La sirose ? Ses longs cheveux étaient retenus par une pince, mal placée sur le flanc gauche de son crâne. Elle était sur le point de tomber tellement le pourceau agitait son gras sur le trône de fer. Sa tente noire, vaste comme une étable de grand fermier gaulois, était insuffisante pour couvrir le son de sa voix.

  • Je n'en veux pas de tes pucelles ! Trouve-moi une Espagnole !, s'égosilla-t-il.

Les badauds étaient interloqués pour certains, quand d'autres, la mine résignée, se disaient que c'était chaque hiver ainsi : le « grand roi germain » prenait ses quartiers au pied de l'oppidum de Vesontio et se livrait à ses goujateries : trier les putains qu'on lui amenait, se gaver de fromage, finir des tonneaux de vin.

Castic, remonté, avait envie de lui mettre son poing dans la figure. Au lieu de cela, il resta diplomate. Il n'avait pas le choix : autour de la tente et dans toutes les rues et auberges de Vesontio, ses 15 000 troupiers prenaient eux aussi leurs quartiers.

L'hiver dernier, Arioviste avait réclamé cinq putains séquanes. Il voulait une Espagnole cette fois-ci !

Il y avait bien Miranda... Castic, vergobret des Séquanes, envoya l'un de ses gardes la chercher.

  • Et un autre tonneau de vin, Castic ! J'ai soif ! La route a été longue, lança Arioviste, empoignant sa barbe comme pour la défriser.

Castic demanda à son deuxième et dernier garde d'aller chercher ce tonneau. Puis il interrogea Arioviste :

  • Combien de jours comptes-tu rester hiverner à Vesontio ?

  • Autant qu'il me plaira. L'an dernier je suis resté deux bons mois. Alors si tu commences à te plaindre..., souriait-il, le regard noir.

Une très jolie femme, à la peau cuivrée entrait dans la tente. L'événement coupa la parole à Arioviste. Il n'en croyait pas ses yeux. Elle s'avança à hauteur de Castic, au centre de la tente et interpella Arioviste :

  • Vous demandiez à me voir ?

Arioviste fit un geste de la main pour indiquer à la belle de s'approcher. Elle s'approcha de deux mètres. Il refit son geste. Elle s'approcha encore et n'était plus qu'à une portée de bras du chef germain lorsqu'il bondit sur elle, lui prenant les poignets avec ses grosses mains. Il la plaqua contre lui puis la fit s'asseoir sur son genou droit. Il collait son nez dans la nuque de Miranda, la reniflait et la reniflait toujours.

  • Voilà une femme qui aura la transpiration épicée, cria-t-il avant de partir en éclats de rire.

Cependant, à force de rire, il toussa une première fois, puis une deuxième fois. Il semblait manquer de s'étouffer quand tout à coup il pencha son buste vers sa gauche et vomit.

  • Me voilà prêt à m'amuser ! Que tout le monde sorte !

Castic s'avança d'un pas lourd et brisa les intentions du Germain :

  • Elle a un prix !

Arioviste rit jaune et répliqua :

  • Allons ! C'est donc vrai qu'en Gaule tout s'achète et tout se vend ?! Regardons tes voisins Eduens...des vendus, cria-t-il. Tes voisins feront intervenir les légions romaines chez toi tôt ou tard !

  • Ce n'est pas encore de l'histoire, ce que tu racontes là !

  • Ah non ?

  • Non

  • C'est imminent ! Cela va te tomber sur le coin du nez.

  • Rome n'est pas prête à intervenir pour le camp éduen.

  • Rome ne veut pas intervenir, et ne voudra pas intervenir tant que je l'effraierai. Mais après ma mort, vassal ?

  • Et si c'était ton tour de passer sous le fil de l'épée de Rome ?!

  • C'est une menace ?

  • Que ferais-tu si Rome en avait assez de tes virées en Gaule ? Donne-moi un prix et paie-la !

Arioviste ne demeura point sourd à la menace. Castic serait prêt à faire appel à Rome ?!

Arioviste disposait de 55 000 Germains prêts à être levés parmi les tribus Hardue, Marcomane, Triboque, Vangionne, Némète, Sédusienne. Quant à sa tribu suève, il pouvait y mobiliser 30 000 hommes et femmes en armes.

Arioviste ne craignait donc personne. Mais il n'avait qu'une parole. Il fit signe à son trésorier personnel de venir vers lui. Il lui chuchota quelque chose. Le trésorier s'avança jusque Castic et lui répondit :

  • Vous aurez 10 drachmes d'or demain matin, si votre putain se comporte correctement avec mon maître !

Castic trouvait l'offre généreuse. Il sourit puis acquiesça de la tête en regardant en un éclair Arioviste, puis se retira.

Publié dans Mes livres

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