Le Trône des Gaules, chapitre 6

Publié le par Frédéric Coulon

Chapitre 6 :
Mars 59 avant J.-C., dans les Alpes (en actuelle Suisse)

ORGETORIX

Orgétorix était un petit homme pansu, qui boîtait. Une chasse aux sangliers avait mal tourné il y a quelques années. Un cochon l'avait planté à la cheville. Dans les Alpes, en actuelle Suisse, les chasses se pratiquaient sur une très courte période mais cela était intense. Les hommes partaient pour plusieurs lunes et revenaient les charrettes remplies de blocs de glace et de gibiers.

La prochaine grande chasse que prévoyait Orgétorix, chef du peuple des Helvètes, il venait de l'annuler. Il était préoccupé en effet par sa mission de faire de Dumnorix le roi éduen, de Castic le roi séquane ; ces derniers l'aideraient ensuite à s'établir au sud-ouest de la Gaule.

Les peuples aquitains seraient pulvérisés par la plus grande armée jamais constituée en Gaule !

Orgétorix réunit un conseil extraordinaire. Ses plus fins conseillers attendirent qu'il s'assied pour faire de même, autour d'une table massive, aux pieds sculptés avec finesse.

Orgétorix frappa la table à pleine main et hurla :

  • Il y a sûrement possibilité d'accélérer les préparatifs de notre grande migration, oui ou non ?!

Le « non » fut unanime. L'un des conseillers osa répondre plus précisément :

  • Après deux ans de récoltes désastreuses, la dernière en date est bonne. Mais les stocks en fourrage et grains sont faibles.

  • Franchir les Alpes par Genève nous permettrait un gain de temps pourtant ?! De maigres stocks nous suffiront !, s'égosilla Orgétorix.

  • Pas si le pont de Genève nous est coupé !, répondit ce même conseiller.

  • Si le pont nous est coupé nous ferons une virée en passant plus au nord-ouest. Et les stocks seraient alors insuffisants, certes. Mais nous passerons par Genève !, dit Orgétorix.

  • Mais Maître !, s'introduisait dans la discussion un autre conseiller. Sur l'autre rive du Rhône, les Allobroges pourraient avoir des difficultés à tenir ce pont face à l'adversité de Rome. Et nous ravitailler leur serait rendu compliqué s'ils perdaient le pont de Genève. Le vergobret des Allobroges ne nous a jamais garanti, pour l'heure, qu'il serait capable de sécuriser ce pont. Il craint que les Romains n'interviennent depuis le sud de leur territoire, qui est placé sous leur joug. Nous représenterons une telle force que nous perdrons toute discrétion, Rome sera mise au courant et devrait intervenir contre nous.

  • Nous passerons !, cria Orgétorix.

Orgétorix tourna son regard vers l'homme placé à sa gauche, son maître d'arme et lui demanda :

  • Comment se comportent nos jeunes combattants ?

  • L'entraînement s'est intensifié il y a cinq jours, répondit son maître d'arme. Mais il me faut encore six mois pour les rendre aptes à migrer et défendre notre convoi.

  • Bien, répondit Orgétorix, qui se retourna vers l'homme assis en face de lui et l'interrogea :

  • De combien d'hommes disposerons-nous au printemps 58 ?

  • 45 000 cavaliers, 60 000 fantassins, répondit l'homme.

  • Nous avons de quoi faire trembler tout le monde. Rome peut nous affronter dans Genève si elle le veut, sourit Orgétorix.

  • Rome pose problème, rétorqua l'homme, sûr de lui. Il prolongea : Abattez des Romains sur le champ de bataille et Rome ouvrira de nouveaux champs de bataille. Des Grecs, des Crétois, divers peuples alimentent l'armée romaine en auxiliaires. Ils ont leur réputation. Les archers crétois sont habiles par exemple. Gagnez une fois contre Rome, et Rome vous poursuivra.

  • Votre maître-espion dans Rome est-il toujours opérationnel ?

  • Il n'a pas été démasqué. Il me fait savoir que les choses changent. Un certain Jules César sera fait consul de Transalpine. L'homme est ambitieux. Il veut toute la Gaule.

Orgétorix se leva d'un coup sec, et boîtait le long de la table, faisant des allers et retours, l'air agacé et soucieux à la fois. Il se reprit et déclara :

  • Accélérez nos préparatifs. Au printemps 58 nous devrons partir pour la Gaule chevelue. Ce César ne sera pas prêt à temps. Nous le prendrons de vitesse !

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