Le Trône des Gaules : chapitre 2

Publié le par Frédéric Coulon

Chapitre 2 : février -59, en Transalpine

VERCINGETORIX

Un vieil homme se tenait debout derrière Vercingétorix. Le jeune arverne, 23 ans, n'avait pas senti sa présence. Vercingétorix se retourna et le vit. Il posa en un éclair sa main droite sur la fusée de son épée. Il vit que le vieillard n'était pas armé.

  • Allons ! Allons mon garçon ! Du calme..., dit le vieil homme.

  • Valluacos ?, demanda Vercingétorix.

  • Exactement.

Valluacos, connu par le conseil druidique comme le dernier druide vivant en Transalpine, un territoire du sud de la Gaule placé sous le joug de Rome depuis 120, claqua des doigts, de sa main droite. Un homme sortit de l'auberge tenue par le vieillard habillé d'une robe sombre si longue que l'étoffe frottait le sol à chacun de ses pas. Cet homme disparut derrière la bâtisse en bois puis réapparut, un seau à la main, qu'il déposa sous les naseaux du cheval de Vercingétorix.

  • Voilà qui est mieux. Tu as chevauché au moins deux jours depuis les monts d'Auvergne jusqu'à notre vallée du Rhône. Ton cheval est esquinté mais de belle taille pour un cheval de gaulois, dit Valluacos.

  • Les chevaux d' 1m 30 au garrot, je les laisse à ceux qui aiment leur chair, ou qui préparent des cérémonies sacrificielles en l'honneur de leurs aïeux.

  • Entrons si tu veux bien...

L'intérieur de l'auberge était déserte. Une quinzaine de tables tout au plus. Personne. Valluacos invita Vercingétorix à s'asseoir et plaisanta :

  • Mon homme de main a permis que ta monture s'abreuve. C'est maintenant notre tour. Sers-nous une cervoise, Argorax !

  • Argorax a été formé au druidisme ?, demanda Vercingétorix.

  • Comme toi, oui. Mais à la branche obscure du druidisme. Il est assassin druide. Autant te dire que tu es ici en sécurité. Moi-même je sais encore utiliser mon arc et mon bâton.

  • Le bâton qui est le long du comptoir derrière toi ?

  • Oui, le bout est en métal, cela assommerait une vache !

  • Mon oncle Gobannitio m'envoie jusqu'à toi ! Quelle est désormais la marche à suivre ?

  • Il suffit d'attendre que ton père se déclare roi des Arvernes.

  • Mon oncle m'a certifié que le clan de mon père ne posera pas de problème, qu'il me sera fidèle.

  • Exactement. Le clan a été retourné progressivement depuis de longues années. Un travail de sape mené par ton oncle et par le conseil druidique. Tu seras l'homme de terrain, ton oncle sera gouvernant.

  • Depuis la défaite de Bituitos il y a 61 ans, le conseil druidique ne veut plus de roi. Mon enseignant-druide m'avait prévenu que mon père mourrait s'il appliquait ses plans.

  • Le conseil druidique fait et défait les rois. Nous avions échoué avec Bituitos. Nous n'échouerons pas une deuxième fois. Il serait tapageur de faire d'un Arverne un roi. Car c'est exactement ce dont a besoin Rome. Le territoire arverne borde la Transalpine. Il serait facile à envahir. Envahir les Arvernes c'est lancer une guerre contre toute la Gaule !

  • Rome ne désire qu'une chose : n'avoir qu'un seul interlocuteur pour toute la Gaule, afin de soudoyer tous les peuples le moment venu, réagit Argorax, qui venait de poser sur la table trois grands récipients en métal, remplis de cervoise.

  • Et le moment est venu !, demanda Vercingétorix.

  • Oui. La Gaule devient un objet de convoitise. Et je ne te parle pas des banquiers qui financent le vaste « empire » qu'est Rome ! Ils veulent étendre le commerce en Gaule. Aimes-tu ton bastion de Gergovie ?

  • Gergovie est le cœur de mon clan.

  • Eh bien mon garçon, tu vas nous accompagner jusqu'au bastion d'Entremont. Aujourd'hui abandonné. Tu verras ce qu'il advient des communautés gauloises dès lors que Rome les a vaincues.

Les trois hommes chevauchèrent vers le sud, au milieu de plaines qu'ils avalaient. Vercingétorix dominait le groupe de sa hauteur. Ses cheveux étaient blonds et courts. Son épée, lourde et massive, voyait sa pointe dépasser de l'arrière de sa monture. Elle avait été forgée par Gobannitio tandis que Vercingétorix avait 14 ans.

Le nom Gobannitio signifiait le « maître-forgeron ». Cet oncle était non seulement un expert pour forger les lames les plus solides mais aussi expert au combat. Il était le maître d'armes de Vercingétorix.

L'épée de Vercingétorix était sûrement l'une des plus dangereuses de tout le continent. Les armes en fer gauloises étaient en effet considérées comme les meilleures par les Romains, les plus fiables. Or, celle de Vercingétorix avait été forgée à partir d'un alliage de fer et d'or. Son oncle avait fait fondre deux épées pour obtenir cet alliage parfait. La lame était très tranchante. Un coup porté par Vercingétorix pouvait éventrer une armure et toucher son adversaire sans peine.

Il fallait cependant savoir la manier à une main. Vercingétorix était grand et véloce, comme bien d'autres Gaulois. Rome avait toujours craint les Gaulois. Le sac de Rome en 386, mené par le chef gaulois Brennus, l'avait épouvanté pour longtemps.

Il se disait qu'affronter les Gaulois était un péril à éviter. Avec Carthage et les Germains, les Gaulois comptaient comme les pires ennemis que Rome n'ait jamais rencontrés. Sauf que Carthage avait failli sous l'égide d'Hannibal, Rome avait triomphé. Seuls les Germains et les Gaulois avaient persisté dans l'histoire.

A l'horizon pointait une fortification. Tout du moins des palissades relativement hautes. Le tout était dominé par quatre tours de guet, puis par six tours à mesure que l'horizon se dévoilait. L'enceinte était très peu impressionnante par rapport à celle de Gergovie. Deux milles habitants tout au plus, avaient dû vivre dans ces lieux, songea Vercingétorix. Une des six portes monumentales fut franchie. Il ne lui restait plus qu'un battant de bois, de cinq mètres de haut environ. Les lieux avaient été pillés.

Aussitôt, Argora hâta son cheval, pénétra dans l'ancien sanctuaire puis arrêta net sa monture au pied des vestiges d'un temple.

Le bâtiment avait perdu son toit et ses pierres les plus hautes. Argorax sauta de son cheval pour s'agenouiller. Il se mit à gratter le sol.

Valluacos et Vercingétorix le rejoignirent. Vercingétorix mit pieds à terre et brisa le silence :

  • Est-ce la tombe d'un de tes aïeux, Argorax ?

  • Oui, mon arrière-grand-père. Le chef des Salyens qui tiraient du commerce avec les Grecs de Marseille une grande richesse. Une fois de plus quelqu'un a déposé du sel devant l'entrée de l'herôon, répondit Argorax, tout en continuant de rassembler du sel, de le prendre ensuite par poignées pour le jeter plus loin.

  • Un herôon ! La tombe d'un héros !, répondit Vercingétorix.

  • Exactement. Mais tout a mal fini. Les Romains l'ont fait écarteler en 120.

Valluacos paraissait inquiet. Il dit :

  • Argorax et moi avons plus d'ennemis que jamais désormais. Nous tenons le coup, par notre sens de la discrétion. Et nous tiendrons jusqu'à ce que Rome nous tue à notre tour. Répandre du sel sur une tombe, c'est vouloir la mort de l'esprit. L'esprit d'un peuple. Bâtir un herôon c'est permettre que la mémoire et le souvenir d'un héros demeure parmi la population.

  • Sauf qu'on n'aime pas les vaincus. Quand les membres de mon arrière grand-père ont été rapatriés ici, en 115, plus personne ne vivait dans le bastion d'Entremont. Encore que les Romains appellent cela des oppida. Les Romains étaient en train de bâtir une ville : Aix-en-Provence. Pour maintenir leur train de vie, les artisans ont rejoint cette ville les premiers. Les agriculteurs et éleveurs sont restés dans leurs fermes bien évidemment. La campagne demeure respectueuse de la mémoire de mon ancêtre. Mais pour tous, Entremont reste à peine un souvenir. Six décennies se sont écoulées. Nous sommes dans une ruine. N'importe qui peut aller et venir, pour saler l'herôon. Ce geste signifie : « Ton temps est révolu ! », répondit Argorax.

  • Répandre du sel sur le territoire des vaincus...comme à Carthage, rétorqua Vercingétorix.

  • C'est signe que l'ennemi était vaillant. Tu peux être fier de ton arrière grand-père, Argorax. Carthage a été le grand ennemi de Rome. Le colosse qui s'était dressé contre Rome. Et que nous avions aidé. Si Hannibal avait vaincu Rome, nous aurions eu un bel avenir devant nous, expliqua Valluacos.

  • Surtout que Carthage visait l'expansion du commerce en Méditerranée. Rome c'est tout autre : le commerce, oui, mais surtout des territoires et des peuples, qu'elle soumet et dissout, répondit Vercingétorix.

  • Nous ne pouvons laisser ces Romains éteindre nos traditions, notre histoire plus longtemps, rétorqua Argorax.

  • L'ambition et l'ego de certains Romains m'inquiètent. Ils auront une machine de guerre entre les mains en Gaule, et s'en serviront. La Transalpine sera leur tête de pont, expliqua Valluacos.

  • Jules César !, lança Vercingétorix.

  • Oui, répondit Argorax.

  • L'ambition de César est démesurée. Non content d'avoir pacifié l'Espagne, le voilà dépassé par les exploits militaires réalisés par Pompée et Crassus. Par leurs richesses également. Ces deux-là enchaînent les conquêtes et tirent vers eux toute la gloire. Ce César veut lui aussi son trophée. L'Espagne ne compte aux yeux de Rome, que pour ses mines d'or. Il faut conquérir la Gaule. César est en train de mettre en place sa machine de guerre : ses légats et généraux sont ses clients, leurs troupes sont derechef clientes de César. Il est criblé de dettes. Mais il s'est refait une santé depuis deux ans : il a pactisé avec Crassus, lequel a accepté de financer son projet de soumettre les peuples gaulois. Les deux font désormais la paire, expliqua Valluacos, la mine grave.

  • Des banquiers s'ajoutent à Crassus pour financer César, prolongea Argorax.

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